Anne Brouillet

Après des études de lettres et de philosophie, je suis devenue enseignante au lycée. C’était une période riche et forte en émotions, mais je voulais un métier qui me laisse plus de liberté dans la créativité, alors j’ai passé le concours de la Fémis, en scénario parce que j’avais un profil littéraire et que c’était mon rapport le plus naturel au cinéma. J’ai eu le concours et j’ai découvert là-bas pendant quatre ans mes propres obsessions d’écriture (on n’y échappe pas) et les obsessions des réalisateurs avec qui j’ai écrit des courts-métrages (on n’y échappe pas non plus). Autant de contraintes tacites, de bornes qu’on découvre et qui ne laissent pas si libre que ça, mais j’ai trouvé passionnant de naviguer entre mon imaginaire et celui des autres, pour écrire et même réaliser des films. Car si j’aborde le cinéma plutôt à partir de l’écriture, des effets de sens, de la construction dramaturgique et des personnages, j’ai appris à l’école à voir tout le reste du processus de création des films sans lequel le scénario reste une coquille vide : la mise en scène et le montage. J’ai donc réalisé trois courts-métrages (dont un en pâte à modeler) qui ont tous quelque chose à voir avec le genre fantastique, l’angoisse, et un certain type de comique, sombre et discret (mes obsessions d’écriture…), et le long-métrage que je développe actuellement, Camille et les mauvais Pauvres, n’échappe pas à ces traits, même s’il aborde des sujets plus politiques. J’essaie, en l’écrivant, de penser en même temps à tous les leviers possibles pour faire une bonne scène, c’est-à-dire pas seulement l’action et les dialogues, mais aussi déjà l’image, le son, les effets de mise en scène et le montage. En faisant lire ce scénario, j’ai rencontré un réalisateur pour lequel j’écris désormais : j’essaie autant que possible de mettre au service de son univers mes propres obsessions qui l’ont intéressé à la lecture, tout en cernant au mieux les siennes.