Donna J. Haraway

Donna Haraway
Donna Haraway
« Je m’identifie professionnellement comme historienne de la science, m’étant formée dans le champ de la biologie moléculaire et du développement. J’ai demandé un visa pour un séjour prolongé dans les perméables territoires de l’anthropologie ; comme résidente étrangère ou hybride d’un croisement particulier, évidemment. Mais mon véritable foyer sont les zones imaginaires et férocement matérielles de la techno-science, au sein desquelles, que nous le voulions ou non, aussi bien moi que des milliers de millions de personnes de cette planète avons, été interpellées. »
Donna J. Haraway. Modest_Witness@Second_Millennium.FemaleMan
©Meets_OncoMouseTM: Feminism and Technoscience. 1997. (traduction Quimera Rosa)
Donna J. Haraway (Denver, Colorado 1944), détient la chaire d’histoire de la conscience ainsi que celle d’études féministes à l’université de Californie, à Santa Cruz. Haraway a donné des cours d’études du genre (gender studies) et de science générale à l’université d’Hawaï et à l’université Johns Hopkins. Elle s’est notamment intéressée à la différence entre les observations faites par des femmes primatologues en comparaison avec les théories édifiées par les hommes primatologues. Au sein du mouvement féministe, Haraway s’est opposée, aux côtés de Judith Butler, non seulement à l’essentialisme, qui prétend affirmer l’universalité d’une essence de « la femme », mais aussi au « modèle jurisprudentiel du féminisme » popularisé par Catharine MacKinnon, qui militait pour l’interdiction de la pornographie en l’assimilant à une forme de hate speech (« discours haineux »).
Figure majeure du féminisme contemporain, elle s’est rendue célèbre pour son Manifeste Cyborg dans lequel elle appelle à mettre en place des alliances basées sur l’affinité et non sur l’identité. Au cri de « je préfère être cyborg que déesse », Haraway propose une figure hybride à même de déconstruire radicalement les dichotomies sur lesquelles se basent la pensée moderne occidentale : nature v. culture, animal v. humain, homme v. femme, organique v. technique, biologique v. social, sujet v. objet… Et elle nous rappelle ainsi que nos corps/identités (genre, race, sexualité…) sont le produit de complexes technologies bio-politiques.
Tout au long de son œuvre, Haraway nous invite à construire de nouveaux récits dans lesquels se côtoient des personnages « à la fois réalité et fiction », compagnons de route avec lesquels elle nous propose d’établir des coévolutions inédites : espèces compagnes comme le chien, personnages de science-fiction, primates, prothèses technologiques, créatures mythologiques, souris OncoMouseTM génétiquement modifiée, vampire… La question de la relationalité avec les formes de vie non-humaines est au centre de l’œuvre de Haraway. Ainsi, dans son dernier manifeste, le Manifeste Chthulucène de Santa Cruz, elle en appelle à une reconfiguration de nos relations avec la Terre et ses habitants, remplaçant le nom de notre époque, l’Anthropocène, par le Chthulucène, « un espace-temps diffracté sans relâche », « un maintenant qui a été, qui est, et qui est encore à venir », une époque dans laquelle humains et non-humains sommes inextricablement entrelacés dans des processus tentaculaires.

Traductions en français :
Manifeste cyborg et autres essais. Sciences – Fictions – Féminismes, Anthologie établie par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan. Éditions Exils, 2007.

Manifeste Cyborg : Science, technologies et féminisme socialiste à la fin du XXe siècle (version 1985), trad. Marie-Hélène Dumas, Charlotte Gould et Nathalie Magnan. Dans Connexions : art media réseaux.
Anthologie établie par Nathalie Magnan et Annick Bureaud. Ensb-a, 2002.

Des singes, des cyborgs et des femmes. La réinvention de la nature, trad. Oristelle Bonis, Éd. Jacqueline Chambon, 2009.

Manifeste des espèces de compagnie. Éditions de l’éclat, septembre 2010.

La seconde sœur-OncomouseTM. In Hache Émilie (ed) (trad. Cyril Leroy). 2012.

Les promesses des monstres : politiques régénératives pour d’autres impropres/inapproprié-e-s. In Dorlin Elsa, Rodriguez Eva (eds). (trad. Sara Angeli Aguiton). 2012.

Manifeste Chthulucène de Santa Cruz. Paru dans la revue Planète Laboratoire no5 / Capitalisme Alien.
2016. http://laboratoryplanet.org/fr